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[GENRE ET FONCIER 1/3] Entretien avec Jeanine Lath Esme de la coopérative ivoirienne de cacao ECAO


En Côte d'Ivoire au sein de la coopérative de commerce équitable ECAO, 77 femmes productrices de cacao et épouses de producteurs membres se sont organisées en association pour réaliser ensemble des activités génératrices de revenus. Elles ont entre autres mis en place des parcelles agroforestières associant le cacao avec des arbres, des cultures vivrières et d'autres cultures pérennes comme l'anacardier. En 2019, la coopérative ECAO a financé la location de huit hectares de parcelles pour permettre aux femmes de cultiver du manioc.

Jeanine Lath Esme, Secrétaire Générale de l’association des femmes d’ECAO, a accepté de répondre aux questions du Programme ÉQUITÉ.

Les femmes ne représentant que 25% des producteurs de cacao en Côte d’Ivoire. Dans la réalité, elles constituent 68% de la main d’œuvre quotidienne qui travaille sur les plantations de cacao. Quelles sont les principales difficultés auxquelles les femmes doivent faire face sur la filière cacao en Côte d’Ivoire ?

Réponse de Jeanine Lath Esme : Les femmes ont effectivement une position vulnérable dans la filière cacao en Côte d’Ivoire. Elles sont nombreuses à venir en aide à leur mari, producteurs de cacao. Elles se retrouvent bien souvent à devoir assurer en parallèle :

  • La main d’œuvre nécessaires aux activités agricoles du cacao : avant, pendant et après la récolte par faute de moyens et/ou de main d’œuvre suffisante ;

  • La production de cultures vivrières dans la même plantation ;

  • Les tâches domestiques de la famille (ménage, préparation des repas pour la famille mais aussi pour les travailleurs.

Elles travaillent dur et elles ont un pouvoir économique très limité, avec un accès difficile au financement qui leur permettrait d’investir. En ce qui concerne les femmes qui détiennent des plantations, elles ont bien souvent un accès plus difficile que les hommes aux intrants et à la main d’œuvre.

Au sein de la coopérative ECAO, pouvez-vous nous expliquer quelles sont les actions que vous avez mises en œuvre avec les femmes productrices et épouses de producteurs ?

Réponse de Jeanine Lath Esme : Plusieurs actions ont été menées au sein de notre coopérative à destination des femmes, parmi lesquelles nous pouvons citer :

  • La distribution de kits scolaires pour faciliter l’accès à l’école des enfants

  • La distribution de matériel agricole (machettes, dabas…)

  • L’installation de quatorze parcelles en agroforesterie

  • La distribution de semences de riz

  • L’organisation de séances de sensibilisation et de formation à destination des femmes et de la communauté sur des thèmes tels que: la lutte contre le VIH/SIDA et le paludisme, le droit des femmes au sein de la communauté, les BPA, BPE, et bonnes pratiques sociales

  • L'octroi de huit hectares de jachère pour la culture de manioc et autres cultures vivrières

La coopérative ECAO a donc financé l’accès au foncier pour les femmes afin qu’elles puissent produire du manioc. Pourquoi votre coopérative a-t-elle décidé de mettre en place une telle mesure ? Pourquoi cette question d’accès des femmes à la terre est-elle si importante ?

Réponse de Jeanine Lath Esme : La principale motivation de la mise en œuvre d'une telle mesure par notre coopérative est de permettre une autonomie financière aux femmes en vue d'améliorer leurs conditions de vies. L’autonomie financière des femmes leur permet de pouvoir se prendre en charge, venir en aide à leur conjoint et scolariser leurs enfants.

Par exemple, en finançant des parcelles pour permettre aux femmes de cultiver du manioc, elles peuvent contribuer à grande échelle à l’alimentation des populations ivoiriennes car en Côte d’Ivoire, le manioc peut être dérivé en de nombreux produits alimentaires.

L’accès des femmes à la terre et aussi un enjeu important car la majeure partie des femmes sont laissées-pour-compte après le décès du conjoint, avec qui elles ont travaillé pendant toute leur vie. En cas de décès ou divorce, elles sont nombreuses à se retrouver privées de l’accès aux terres familiales alors qu’elles doivent pourtant porter seules la responsabilité et la charge financière de leurs enfants.

Comment selon vous serait-il possible de mieux reconnaître le travail effectué par les femmes dans la filière cacao ? Comment faciliter leur accès au foncier ?

Réponse de Jeanine Lath Esme : Les femmes représentent plus de la moitié de la main d'œuvre agricole sur la filière cacao. Cependant, la plupart d’entre elles ne dispose d’aucun droit foncier. Il serait possible de mieux reconnaître le travail effectué par les femmes dans la filière cacao en leur cédant une partie des plantations pour qu'elles en soient propriétaires. Il faudrait aussi les accompagner pour renforcer leurs capacités de gestion, notamment à travers des formations.

Pour faciliter l'accès des femmes au foncier, il faudrait dans un premier temps favoriser l'égalité de genre, puis dans un second temps introduire des lois qui favorisent les droits fonciers aux femmes. Les coopératives comme ECAO ont la possibilité de mettre en place des mesures pour encourager l’accès des femmes au foncier, nous pouvons ainsi contribuer à faire bouger les lignes en faveur de plus d'égalité de genre !

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