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[GENRE ET FONCIER 2/3] Entretien avec Fanny Doumbia Assata, Présidente de la coopérative ECAM en Côt


Fanny Doumbia Assata est productrice de cacao et l’une des très rares femmes présidentes de coopérative en Côte d'ivoire.

Sa coopérative ECAM basée à Méadjil réunit 1 500 producteur.rice.s de cacao et est labélisée de commerce équitable depuis 3 ans.

Elle a accepté de répondre aux questions du Programme ÉQUITÉ afin de mieux comprendre la place des femmes dans cette filière et les leviers d'action pour faciliter l’accès des femmes au foncier.

Les femmes ne représentant que 25% des producteurs de cacao en Côte d’Ivoire. Dans la réalité, elles constituent 68% de la main d’œuvre quotidienne qui travaille sur les plantations de cacao. Pouvez-vous nous dire quelles sont les principales difficultés auxquelles elles font face sur la filière cacao en Côte d'Ivoire ?

Réponse de Fanny Doumbia Assata : En Côte d’Ivoire, il est difficile pour une femme d'avoir accès au foncier et de vivre du métier de producteur·ice car il existe encore d'importants préjugés, comme par exemple la croyance qu'une femme n'est pas capable de cultiver la terre. Dans la filière cacao, même si elle le souhaite, une femme ne peut pas entretenir la plantation comme un homme le fait car elle aura des difficultés en embaucher de la main d’œuvre saisonnière pour l'aider.

La question de l'héritage est essentielle quand on se pose la question d’améliorer l’accès des femmes à la terre. Pouvez-vous nous expliquer comment s'effectue aujourd'hui la transmission de la terre en Côte d’Ivoire ?

Réponse de Fanny Doumbia Assata : De façon générale, la transmission de la terre en Côte d'Ivoire se fait de père en fils. La coutume veut que ce soient les hommes qui héritent de la terre, et rares sont les pères qui la lèguent à leurs filles ou à leurs épouses. Cette coutume trouve son origine dans le fait que les femmes étant amenées à se marier tôt ou tard, il y a un risque que le mari s'empare de la propriété foncière.

Dans votre histoire personnelle, vous avez hérité de la terre de l’un de vos oncles. Comment cela a-t-il été perçu par votre entourage et pas les autres planteurs de votre communauté ?

Réponse de Fanny Doumbia Assata : J’ai hérité de ce champ car les enfants de mon oncle n’étaient pas intéressés par la production de cacao. Mais lorsqu'il m’a cédé son terrain, cela a été violemment critiqué par ses frères, ses amis et son père. Tout le monde l’accusait d’agir de façon insensée en donnant une portion de terre a une femme qui ne serait pas capable de la mettre en valeur comme il se doit.

Comment selon vous serait-il possible de reconnaître le travail effectué par les femmes dans la filière cacao ? comment faciliter leur accès au foncier ? Avez-vous expérimenté des actions en ce sens au sein de votre coopérative ?

Réponse de Fanny Doumbia Assata : Je crois qu’il est temps que nous, les femmes, nous prenions notre destin en main. Pour y arriver, nous devons nous unir car l’union fait la force et c’est en cela que nous pourrons réaliser quelque chose de meilleur pour que l’on puisse reconnaître notre travail.

Nous avons tenté au sein de notre coopérative de mettre en pratique des actions pour faciliter l'accès des femmes au foncier mais avons malheureusement du faire face à de nombreux freins tels que :

  • Certaines femmes ont été réprimandées par leur mari ;

  • L'absence de politique publique pour encourager l’accès des femmes au foncier ;

  • Des problèmes de communication à l'endroit des producteurs de notre coopérative dont une majorité est analphabète.

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