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Crise du cacao en Côte d'Ivoire : plus de 150 000 tonnes d’invendus

Mis à jour : févr. 16

En Côte d'Ivoire actuellement, nombre de cacaoculteur·rice·s ne parviennent plus à vendre leur production. Si cette paralysie qui affecte la filière cacao s'expliquerait en partie par une baisse de la demande mondiale dû au contexte de la pandémie, tout semble indiquer que des intermédiaires peu scrupuleux profitent de cette crise pour casser les prix payés aux producteur·ice·s.


C’est le Réseau Ivoirien du Commerce Equitable (RICE), partenaire du programme Equité, qui a lancé l’alerte quant à la situation actuelle de la filière cacao en Côte d’Ivoire : depuis plusieurs semaines, celle-ci est bloquée et plus de 150 000 tonnes d’invendus sont stockés par les producteur·ice·s et les coopératives.


« Habituellement, nous explique Fortin Bley, vice-président du RICE, les coopératives de cacao ne stockent les fèves qu’une semaine avant que les exportateurs ne les récupèrent. Elles n’ont donc pas, et les producteur·ice·s encore moins, les moyens logistiques et matériels de le stocker sur une longue période alors même qu’il s’agit d’une denrée périssable. » Si cette situation devait se prolonger, les producteur·ice·s qui sont fortement dépendants de la vente de leur récolte pour vivre, seront contraints de vendre leur récolte à un prix bradé.


Rappelons que les gouvernements du Ghana et de la Côte d’Ivoire, qui à eux-seuls produisent près des 2/3 de la production mondiale de cacao, ont instauré en 2020 un « différentiel de revenu décent » de 400 dollars la tonne, qui s’ajoute au prix mondial du cacao. L’objectif était d’améliorer les revenus des producteur·ice·s, qui ne leur permettent pas, sans ce différentiel et hors certification de commerce équitable, de vivre décemment de leur travail.


D’après Franck Koman, coordinateur du RICE, seules les coopératives détenant aujourd’hui une certification (commerce équitable, UTZ ou Rainforest) parviennent en ce moment à écouler une partie de leur production. Les producteur·ice·s en conventionnel voient leurs méventes justifiées par le contexte sanitaire de la Covid-19 ayant eu pour conséquence une baisse de la consommation de chocolat et donc de la demande mondiale en cacao. Des intermédiaires peu scrupuleux profiteraient alors de cette situation exceptionnelle pour ne pas respecter le prix bord champ fixé à 1000 FCFA/t et payent un prix inférieur, en fraudant sur les quantités de cacao réellement achetées.


Face à cette situation, et aux conséquences désastreuses qu’elle entraîne pour les producteur·ice·s ivoiriens, le RICE a rejoint la “Plateforme de la Société Civile et des Organisations de Producteurs pour la Défense des Droits des Producteurs de Cacao en Côte d’Ivoire”. Lors d’une réunion le 21 janvier dernier, cette plateforme s’est exprimée publiquement afin d’exprimer haut et fort leurs réactions à l’issue de l’intervention télévisée du DG du Conseil du Café-Cacao et d’interpeller les pouvoirs publics, la communauté nationale et internationale sur la crise qui frappe durement les producteur·ice·s de la filière.


> Voir la déclaration portée par le RICE

> Voir la déclaration portée par le RICE sur twitter


Nous nous faisons l’écho de cette communication, qui partage l’analyse fine des acteurs mobilisés sur la situation et ses impacts, et propose des solutions à l’encontre des chocolatiers, des producteurs et du Conseil Café-Cacao.


Au cœur de ces déclarations, les acteurs sonnent la sonnette d’alarme sur un prix d’achat trop bas qui accentue la paupérisation des producteur·ice·s et des pratiques des importateurs et industriels du chocolat qui ne respectent pas les « due diligences » en matière de droits fondamentaux.


> Pour en savoir plus : «En Côte d’Ivoire, la crise du cacao touche durement les planteurs », article paru dans Le Monde le 05/02/2021.

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