• Commerce Équitable France

Les filières de commerce équitable en Afrique de l’Ouest face à la crise sanitaire du Covid-19

Mis à jour : juil. 3

La crise du Covid-19 touche la plupart des filières agricoles ouest-africaines. L’équipe du programme Equité a commencé à réaliser un recensement de ses impacts sur les filières de commerce équitable, notamment en organisant le 22 avril 2020 un webinar avec les plateformes nationales du commerce équitable d'Afrique de l’Ouest et en recueillant des informations auprès de 44 coopératives ouest-africaines.


  • Filière Cacao : chute des cours et un climat d'incertitude pour la petite campagne

L’impact de la crise sanitaire sur la filière cacao dans sa globalité se manifeste principalement par un ralentissement général des activités (collecte, vente, exportation et transformation). Les producteur·rice·s de cacao, notamment au Ghana et en Côte d’Ivoire, ont pu vendre la quasi-totalité de leur production de la grande campagne de cacao qui s’est achevée en mars, avant que les impacts de la crise ne commencent à toucher l’économie internationale.


Les cours mondiaux du cacao ont depuis lors chuté de 20 à 25%. Si la crise se poursuit dans la durée, la baisse des cours du cacao pourra se répercuter sur les producteur·rice·s au cours de la prochaine campagne. Le cacao étant une denrée non périssable, il dispose cependant d’un avantage comparatif par rapport à d’autres produits d’exportation. De plus, la majorité des coopératives certifiées équitables n’exercent pas d’activités de commercialisation sur la petite campagne (entre avril et septembre) du fait de la rareté des préfinancements et de la faiblesse de la production de cacao sur cette période.


D'après le CIRAD et informations recueillies auprès des PNCE ouest-africaines, la première préoccupation des planteurs est le risque économique pesant sur la commercialisation et les revenus du cacao, dans la mesure où les prix mondiaux du cacao sont trop faibles pour permettre aux familles de producteurs de se constituer une épargne de précaution. Les producteur·rice·s de cacao des coopératives de commerce équitable en Côte d’Ivoire ont fait remonter au Réseau Ivoirien de Commerce Equitable (RICE) leurs inquiétudes :

- L’activité de collecte du cacao est réduite à cause de la rareté des préfinancements octroyés par les acheteurs (opérations devenues plus risquées pour les financeurs) et des délais de paiement aux producteur-rice-s allongés,

-L’exportation est ralentie, notamment à cause de problèmes logistiques au niveau des livraisons et du transport jusqu’au port d’Abidjan, l’autorisation de circulation étant difficile à obtenir, certains sites d’achat étant fermés (Ex. CARGILL DALOA) et le personnel des prestataires de services impliqués dans l’exportation étant réduit,

- L’incertitude financière dans laquelle se trouve les producteur·rice·s les poussent à emprunter plus à leurs OPs, qui se trouvent alors elles-mêmes en difficulté pour payer leurs salariés, alors même que les opérations bancaires sont ralenties (paiements des contreparties des livraisons de cacao par chèques des coopératives),

-Les OPs certifiées CE ne parviennent pas à respecter les délais pour payer les factures aux certificateurs et craignent de perdre leurs certifications,

-La main d'oeuvre disponible dans les plantations de cacao s'est raréfiée, les saisonniers de la sous-région (Mali, Burkina Faso) ne pouvant plus passer les frontières pour revenir en Côte d'Ivoire.

Les labels, certificateurs ainsi que les plateformes nationales de commerce équitable travaillent sur des solutions à apporter aux coopératives et producteur·rice·s, afin de les soutenir pendant cette période difficile.

  • Des impacts importants sur la filière anacarde

La filière anacarde a particulièrement souffert de la crise du Covid-19, la saison de l’anacarde ayant débuté au moment de la crise sanitaire et économique en Asie, alors même que les pays asiatiques représentent les importateurs majoritaires. Certains contrats ont ainsi été suspendus sur cette campagne, et le rythme de transformation de l'anacarde de manière générale a été réduit pour respecter les gestes barrières.

Actuellement, aucun départ d’anacarde, ni de cacao n’est enregistré au port d’Abidjan (d’où est exportée l’anacarde ivoirienne, mais aussi burkinabé et malienne) : les marchandises sont soit bloquées au port, soit bloquées à l’intérieur des pays dans les régions de production.

La demande de l’anacarde sur les marchés internationaux reprend graduellement, les importateurs américains et européens sont dynamiques et le nombre de commandes augmente. Les prix restent cependant volatiles, et ont beaucoup varié entre mars et mai. Début mai, on observe une hausse des prix de l’anacarde, dans un contexte ouest- africain où l’activité diminue peu à peu, sauf au Mali où d’importants stocks existent dans les régions de production.


  • Ralentissement des ventes d'amandes et de beurre de Karité

Au mois d’avril 2020, le marché du karité accuse un ralentissement. Les amandes de karité disponibles sont issues des stocks des producteur·rice·s, car la saison de production est terminée. Selon les pays, les stocks sont quasiment épuisés, sauf au Mali et au Bénin, ou des stocks persistent mais sont peu sollicités. Les prix du karité et du beurre de karité restent stables sur les marchés, des stocks subsistants, il y a cependant un risque de légère baisse des prix à terme.


Les activités de collecte sur la nouvelle campagne débuteront en juillet et les OP espèrent que la crise du Covid-19 sera alors derrière eux. Si tel n'était pas le cas, la collecte et la commercialisation des amandes de karité, ne nécessitant pas de regroupement massif de personnes, pourrait donc se poursuivre sans modifications majeures. A ce jour cependant, peu de commandes ont été passées auprès des OP certifiées équitables au Burkina Faso et au Mali, comparativement à la même période l'année dernière.


  • Filière mangue : Des impacts sur les process de transformation

La Plate-forme Nationale de Commerce Equitable du Burkina Faso a mis en avant les

retards engendrés dans la campagne de transformation (séchage) de la mangue. Devant l’interdiction d’ouvrir les usines de séchage, la PNCE-B, en collaboration avec une faîtière certifiée commerce équitable burkinabé a engagé une discussion avec les gouverneurs, les districts sanitaires et les centres hospitaliers afin d'identifier les mesures sanitaires à mettre en place. Les producteur·rice·s peuvent maintenant obtenir un laissez-passer, alors que des médecins vérifient le respect des normes sanitaires dans les ateliers de transformation. Cela engendre cependant une diminution drastique des effectifs sur les sites de transformation, impacte fortement le volume de mangues séchées transformé, et donc à terme les revenus des producteur-rice-s. Sur le segment équitable de cette filière, au Burkina Faso, les commandes enregistrées sont également moins nombreuses qu’à la même période de l’année en temps normal.


Nos sources :

-Afrique Agriculture, Covid-19 : les prix alimentaires baissent en mars, le riz résiste, 02/04/2020

-Boursorama, Le Covid-19 fait fondre le cours du cacao, 09/04/2020

-Capital, « Le Covid-19 fait fondre le cours du cacao », 09/04/2020

-CIRAD, GIZ, « Les planteurs de cacao face à l’arrivée du coronavirus », avril 2020

-Fairtrade - Max Havelaar France, « Les producteurs du Sud à l’épreuve du COVID-19 », 08/04/2020

-Fairtrade - Max Havelaar France, « Pâques à l’épreuve du COVID-19 : des pays producteurs aux chocolatiers, l’ensemble d’une filière impactée par la pandémie », 12/04/2020

-Le Monde, « En Côte d’Ivoire, le cacao et la noix de cajou restent à quai », 28/04/2020

-N’Kalo, Bulletin sur le marché de l’anacarde, avril et mai 2020

-N’Kalo, Bulletin sur le marché du cacao, mars 2020

-N’kalo, Bulletin sur le marché du karité, avril 2020

-Oxford Business Group, « Is Côte d'Ivoire’s cocoa trade immune to Covid-19? », 31/03/2020

-Retours du terrain des OP de commerce équitable de Côte d'Ivoire et du Burkina Faso, ainsi que du RICE, de la PNCE-B et du collège commerce équitable de l'AOPP Mali

Un programme mené par :

avec le soutien de :