Commerce équitable et biodiversité : Interview de Yohann FARE, consultant chez KINOME

20/12/2017

 

 

A.D : Pouvez-vous en quelques mots nous résumer la mission que vous effectuez en ce moment pour le programme Equité ?

 

Y.F : La mission du consortium TERO/KINOME, qui s’étale sur une période de 16 mois, s’inscrit dans un dispositif d’appui financier destiné à soutenir les organisations de producteurs (OP) dans leur prise en compte de l'aspect environnemental dans leurs modes de production.  Plus concrètement, il s’agit pour nous de mettre au point une méthodologie de suivi et d’évaluation des impacts environnementaux des 19 projets soutenus par le programme Équité.

Comme ce programme dispose déjà de son propre suivi évaluation l’idée n’est pas pour nous de créer un outil supplémentaire, mais plutôt de partir de l’existant pour l’améliorer en intégrant de nouvelles variables en lien avec l'environnement. 

Nous souhaitons que notre action constitue une démarche inclusive, le but étant pour les coopératives de s’imprégner de ces outils afin d’améliorer leurs modes de production sur le long terme et non uniquement sur la période du programme équité.  

 

A.D : Comment cette question de la protection de l’environnement est-elle prise en compte au sein des coopératives de productreur.ice.s que vous avez pu rencontrer sur le terrain ? 

 

Y.F : Nous n’avons pu nous rendre qu’au sein d’un échantillon réduit de coopératives. Au Burkina Faso, à la Fédération NUNUNA, nous avons pu observer cette question à deux niveaux : celui de la  réduction la consommation de biomasse (qui a un impact sur le niveau de déforestation) et celui en lien avec la participation active des femmes dans la gouvernance partagée des espaces forestiers. En effet, les femmes de la fédération ont désormais accès à des parcs à Karité au sein d’un chantier d’aménagement forestier ce qui leur permet d’être des actrices directe de la protection de l’environnement. Tout en participant à ce processus régulé par un cahier des charges, elles ont accès à des noix biologiques nécessaire à leur assurer un revenu stable et décent. 

Au sein de la coopérative COOPAKE, qui se concentre sur la production de mangues et d’anacarde, la plus grande préoccupation environnementale concerne l’utilisation de bois pour faire cuire les coques d’anacarde. Il y a aussi un enjeu de santé publique lié à l’inhalation de fumées toxiques et de contamination des substances acides libérées par les coques. Grâce à l’élaboration de combustible fabriqué à base de ces mêmes coques, l’utilisation de bois ainsi que l’échappement de fumées  sont réduits et on constate même la mise en place d’une économie circulaire autour la vente des coques d’anacarde !

 

A.D :Pourquoi s’intéresser aux  impacts environnementaux dans les filières de commerce équitable ?

 

Y.F : Les 19 coopératives de producteur.rice.s ouest-africaines bénéficiant d'un appui du programme Equité étaients conscient.e.s du fait que leur activités de production et/ou de transformation pouvaient générer des externalités négatives sur leur environnement, toutes filières confondues. Par exemple dans le cas de la mangue au sein de la coopérative TON au Burkina Faso, les producteurs ont observé dans le passé que les déchets de mangues augmentaient le taux d’acidité des sols, qu'ils étaient transportés par les eaux de ruissellement durant l'hivernage suscitant les plaintes du voisinage et qu'ils généraient la propagation de mouches et la diffusion de maladies, etc.  Ces préoccupations sont également partagées par les auditeurs de certification biologique et équitable.

Se pencher sur les impacts environnementaux permet aussi aux coopératives de mesurer si un changement de leurs pratiques agricoles grâce au commerce équitable permet d’atténuer ces externalités tout en réduisant le coût social et environnemental des systèmes de production.

 

 

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