[GENRE & FONCIER 3/3] Entretien avec Maimounata Aouba, Coordinatrice de la Fédération NUNUNA de production de karité bio et équitable au Burkina Faso

Créée en 2001, la Fédération NUNUNA fédère aujourd’hui une centaine de groupements de productrices, soit plus de 5 000 membres, réparties dans 8 unions. Elle intervient dans plus de 50 villages dans les Provinces de la Sissili et du Ziro. La Fédération NUNUNA vend son beurre bio et équitable en utilisant le label de commerce équitable Fair for Life d'ECOCERT. Grâce au programme ÉQUITÉ Afrique de l’Ouest, la Fédération NUNUNA a mis en place des conventions locales qui visent à sécuriser l’accès des femmes productrices de noix de karité dans les zones de collecte ainsi que leur accès à la ressource économique que représente pour elles le karité.

 

Maimounata Aouba, Coordinatrice générale de la Fédération NUNUNA, a accepté de répondre aux questions du Programme ÉQUITÉ afin de mieux comprendre la place des femmes dans la filière karité et les leviers d'action pour faciliter l’accès des femmes au foncier au Burkina Faso.

 

 

Les femmes au Burkina Faso collectent traditionnellement la noix de karité et la transforment en beurre lors de la période de soudure afin de générer des revenus complémentaires nécessaires pour leur famille. Cette collecte s’effectue dans des forêts ou des parcs agroforestiers gérés par les services forestiers gouvernementaux et les collectivités locales. Pourtant cette activité économique importante pour les femmes est aujourd’hui en danger : quels sont les principaux problèmes auxquels les femmes collectrices de noix de karité font face aujourd’hui ?

 

Réponse de Mme Maimounata Aouba :

 

Le travail du karité est une activité très importante pour les femmes en milieu rural en Afrique de l'Ouest car c’est une source importante de revenus pour elles.

Cependant, on note une diminution du nombre de parcs agro-forestiers à karité due aux effets anthropiques (pression urbaine, coupes des arbres à karité pour le bois de chauffe, etc.), aux changements climatiques et à l’utilisation abusive des pesticides qui menace la biodiversité.

Cela entraine un problème d’accès limité et sécurisé à la ressource en karité pour les femmes, surtout dans des zones certifiées "agriculture biologique".

 

 

La Fédération NUNUNA est une des premières coopératives de karité du Burkina Faso à avoir mis en place des conventions locales visant à préciser les devoirs et les droits de chaque partie prenante au niveau des parcs agroforestiers (autorités locales, services forestiers, coopératives de karité, etc.). Pouvez-vous nous expliquer comment ces conventions permettent notamment de sécuriser l’accès des femmes collectrices de noix de karité à ces zones et ainsi leur accès à la ressource en karité ? 

 

Réponse de Mme Maimounata Aouba :

 

La mise en oeuvre des conventions locales ont suivi les étapes suivantes :

  • L’élaboration des projets de conventions d’exploitation et de cahiers de charges en fonction des statuts de chaque forêt concernée par un cabinet de consultation ayant une expertise dans le domaine du foncier rural ;

  • La tenue des rencontres individuelles d’information et de sensibilisation des maires, des préfets, et des services techniques de l’environnement animée par une équipe composée des élus et des employés de la Fédération NUNUNA ;

  • L’organisation de réunions d’information et de sensibilisation auprès des représentants des Groupements de Gestion Forestière (GGF) et des membres du bureau des UGGF animée par une équipe composée des élus et des employés de la Fédération NUNUNA en présence des représentants des autorités administratives et communales.

 

Un atelier de validation des conventions et des cahiers des charges est ensuite organisé dans chaque CAAF et réunit l’ensemble des acteurs locaux : services de l’environnement, responsables des Union des Groupements de Gestion Forestières, représentants des communes, représentants des leaders communautaires et responsables coutumiers et des représentants de la Fédération NUNUNA.

 

 

Quels sont les premiers résultats que vous avez pu constater à la suite de la mise en œuvre de ces conventions locales ? Pourquoi la sécurisation de l’accès des femmes productrices à la ressource en karité est-elle aujourd’hui essentielle pour la Fédération NUNUNA ?

 

Réponse de Mme Maimounata Aouba :

 

Nous constatons une sécurisation des approvisionnements non seulement au niveau des quantités mais également au niveau de la qualité et une amélioration des revenus des femmes car elles collectent plus de noix et vendent plus d’amandes à la Fédération à un prix rémunérateur.

 

L’accès sécurisé des femmes à la ressource karité est essentielle pour la Fédération NUNUNA. Un accès sécurisé aux parcs agro-forestiers permet d’augmenter les quantités vendues et donc d’augmenter les revenus à redistribuer. De plus, ces conventions permettent d’effectuer des aménagements dans les parcs et de mener d’autres activités génératrices de revenus et de préservation de la biodiversité. Il s’agit notamment de la culture du fourrage naturel et  la production de miel.

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